 Une ligne de 400 000 volts qui éviterait le Verdon, ou plusieurs lignes de 225 000 volts ? Il faudra rapidement choisir pour ne pas revivre le scénario de la grande panne du 3 novembre dernier. Bruno Isolda Les départements du Var et des Alpes-Maritimes dépendent d’une seule ligne haute tension de 400 000 volts. « Partout ailleurs,
il y a toujours une deuxième artère qui peut alimenter en cas de défaillance de la première », explique RTE Sud-Est.
9h40 du matin le 3 novembre dernier : c’est le black-out total. L’intégralité des départements du Var et des Alpes-Maritimes est touchée par une coupure générale d’électricité. Sa cause ? La foudre qui est tombée plusieurs fois à proximité d’une ligne haute de 400 000 volts « si bien que cette dernière s’est mise automatiquement hors tension » explique le Réseau de Transport d’Electricité (RTE) Sud-Est.
Or, les départements du Var et des Alpes-Maritimes dépendent d’une seule ligne haute tension de 400 000 volts. « C’est une particularité quasiment unique en France. Seule la Bretagne est dans le même cas de figure mais pas dans les mêmes proportions. Partout ailleurs, il y a toujours une deuxième artère qui peut alimenter en cas de défaillance de la première », poursuit RTE Sud-Est. Une particularité qui fait de la région Paca une « péninsule électrique ».
Et les incidents se produisent régulièrement. En mai 2005, un million de foyers se retrouvent plongés dans le noir suite à un incendie. En juillet 2003, un autre incendie à proximité du Massif des Maures privent d’électricité 60 000 foyers. « Dès qu’un incident se produit à proximité de la ligne, elle est coupée provoquant une coupure générale d’électricité en aval du réseau », précise RTE Sud-Est. Une série d’incidents qui démontre la nécessité d’aménager le réseau.
L’arrêt du Conseil d’Etat de juillet 2006
Pour cela, RTE avait envisagé dédoubler la ligne Boutre (Var)-Broc Carros (Alpes-Maritimes) qui alimente Avignon, Marseille, Toulon et Nice. Mais ce projet a du plomb dans l’aile depuis qu’en juillet 2006 le Conseil d’Etat a annulé la déclaration d’utilité publique, accédant ainsi à la requête d’associations de défense du Parc national du Verdon.
« Le tracé envisagé par RTE défigurait un site exceptionnel, rappelle Robert Ferrato, président de l’association de Défense du Verdon, fer de lance de l’opposition au projet. Ce n’est pas faute d’avoir dit à RTE qu’ils allaient dans le mur. Le Conseil d’Etat a d’ailleurs rendu un arrêt unique dans les annales de la juridiction qui indique que le site exceptionnel du Verdon prend le pas sur l’intérêt général de la ligne haute tension. Le Verdon est aujourd’hui complètement protégé de ce type de projets. »
De son côté, Bernard Clap, président du Parc National du Verdon, rappelle que l’opposition des élus était une décision « mûrement réfléchie ». « Nous avions pleinement conscience de l’enjeu énergétique. Mais cette grande infrastructure, qui traversait intégralement le Verdon, nous est apparue incompatible avec la notion de Parc. Or, notre responsabilité, la mission qui nous a été confiée, est de préserver ce patrimoine. »
Et les opposants de souligner que lors du débat public de 1998 il n’avait pas manqué de mettre en avant des solutions alternatives. « Il était possible d’enfouir deux lignes de 225 000 volts : 1,25 m de large et 1,40 m de profondeur suffisent pour cela. S’ils voulaient rester sur une ligne de 400 000 volts, il était possible de concevoir une ligne sous-marine de Fos-sur-Mer à Nice », précise Robert Ferrato.
Bernard Clap évoque pour sa part la possibilité de « réfléchir à d’autres types de sources énergétiques (énergies renouvelables) plus proche des lieux de consommation afin de ne pas tout miser sur le transport comme le fait la politique énergétique française depuis des années ». Le Parc avait aussi plaidé pour une maîtrise de la consommation. « Mais ça fait des années qu’en bas sur la côte aucune démarche de ce type n’est engagée. » Et les opposants de regretter unanimement les années perdues alors que « des solutions alternatives existaient ».
Trois pistes possibles aujourd’hui
RTE Sud-Est précise pour sa part que la décision relevait à l’époque des pouvoirs publics qui ont ensuite confié cette mission au maître d’ouvrage. « Le Conseil d’Etat a d’ailleurs reconnu que RTE a respecté la réglementation et fait son boulot d’aménageur. »
Suite à la grande panne du 3 novembre dernier, Christian Estrosi, en tant que président du conseil général, a relancé le débat en organisant le 17 novembre dernier un Grenelle de l’Energie dans les Alpes-Martitimes. Une réunion de travail, qui doit se tenir à Paris le 1er décembre en présence de Jean-Louis Borloo, des préfets et des conseils généraux concernés, doit aussi permettre d’avancer sur les différentes pistes possibles. « Il existe trois grandes familles de solutions, indique RTE Sud-Est. Un bouclage su réseau avec une 2e ligne de 400 000 volts qui éviterait le Verdon. Un bouclage vers l’Italie en se branchant sur le réseau 400 000 volts transalpin. Et enfin, la solution du filet de 225 000 volts : plusieurs lignes à créer ou à réutiliser sur le réseau. »
Une dernière option qui « est toutefois moins pérenne et moins durable » et qui doit donc être accompagnée d’une « maîtrise de la demande d’énergie », en contenant « la croissance naturelle de la consommation » générée par la démographie, et d’un « programme de développement de la production localisée », c’est à dire les énergies renouvelables et en premier lieu l’énergie solaire, « un gisement à exploiter ». « On a lancé une série de mesures pour momentanément parvenir à sécuriser le réseau existant en l’exploitant au maximum de ses capacités. Un petit tronçon entre Toulon et Nice exploité en 225 000 volts va ainsi passer en 400 000 volts. C’est une bouffée d’air jusqu’en 2015. Au-delà, il faudra prendre le relais avec d’autres solutions. »
Reportage
Serge Payrau |
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