 Le 5 décembre dernier, 150 enseignants remettaient leur lettre de désobéissance à l’inspection académique des Bouches-du-Rhône à Marseille. (Photo DR) La mise en place, sans concertation et à marche forvée, des réformes dans l'Education nationale a poussé Corinne F. à faire acte de désobéissance. Elle explique les motivations, mûrement réfléchies, d'une décision lourde à porter.
« Je ne tire aucune fierté particulière à "désobéir", rien dans ma culture professionnelle ne me disposait à cela. J’ai un profond respect pour nos institutions, pour la démocratie. »
Corinne F., enseignante et formatrice IUFM, a fait acte de désobéissance le 5 décembre dernier, en remettant officiellement une lettre à l’inspection académique où elle déclarait ne plus respecter un certain nombre d’obligations qui lui incombent en sa qualité de fonctionnaire. Une décision lourde à porter, qu’elle a longuement réfléchi et qui a pris tout son sens parce que, selon elle, des principes de base de la démocratie étaient mis à mal. Corinne aurait pu continuer à se taire mais, pour elle, le socle de l’école était attaqué de manière déloyale à travers les dernières mesures mises en application (les nouveaux programmes, l’aide personnalisée, la suppression des postes de Rased, les évolutions néfastes de l’évaluation) ou en préparation (la suppression de la première année de maternelle au profit de jardins d’éveil payants, l’agence nationale de remplacement ou les Epep).
« La désobéissance n’est pas une fin en soi, une attitude d’enfant écervelé mais un acte fort, réfléchi, dont les "désobéisseurs" assument les risques, un acte rendu nécessaire quand les autres moyens d’alerter notre institution et l’opinion publique sont inopérants. » Ce qui a motivé sa réaction, c’est la mise en place des réformes à marche forcée, sans concertation. « On fait passer la réduction des heures d’enseignement, la disparition des Rased et les suppressions de postes massives dans l’Education pour une amélioration des moyens accordés à la lutte contre l’échec scolaire en mettant en avant les deux heures de soutien. On ressent une mise au pas idéologique de l’école : mise au pas dont la motivation n’est pas la réussite des élèves, mais la destruction de vingt ans de recherches et d’avancées pédagogiques (le fameux "pédagogisme" honni par notre ministre) sans qu’aucune évaluation n’ait été menée, et aussi le retour à une école "d’autrefois" dont la principale qualité était de former des élites et d’exclure plus de 60% d’une classe d’âge des études secondaires. »
Le dispositif de l’aide personnalisée cristallise actuellement une bonne partie de la résistance des enseignants parce qu’il est l’exemple type de la volonté d’externaliser un certain nombre de missions de l’école (comme ici le soutien aux élèves en difficulté) et de remettre en cause l’équité de l’offre scolaire. La désobéissance, comme les veillées, mais aussi, ce qui est nouveau, la rencontre entre enseignants et parents d’élèves participent à la construction d’un grand mouvement pour la défense d’une école de qualité pour tous.
L’école en France est loin d’être parfaite et loin de remplir correctement ses missions. Si des améliorations sont à faire, les enseignants ne s’y opposent pas, mais nombreux sont ceux qui pensent que ces améliorations doivent s’appuyer sur l’expérience des praticiens, de la recherche en éducation, sur les bilans des innovations pédagogiques et la concertation avec les parents et être guidées par les valeurs éthiques de l’école républicaine.
Un mouvement qui ne peut exister dans une très grande solidarité avec en premier lieu les enseignants sanctionnés. « II est anormal, selon Corinne que certains soient arbitrairement punis, plutôt que d’autres, alors que le ministère a bien compris que ce mouvement n’est pas un "épiphénomène" comme se plaît à le dire M Darcos, mais traduit bien un malaise profond chez les enseignants. Aucun d’entre nous n’envisage de gaieté de cœur d’être sanctionné et de perdre une grosse partie de son salaire (5 jours sur 7 par semaine !) ou de s’exposer à des sanctions disciplinaires, mais nous ne devons pas accepter qu’il y ait des boucs-émissaires et aller au bout de notre action en faisant savoir que c’est parce que nous pensons vraiment que l’école est en grand danger que nous avons pris cette grave décision. »
Catherine Walgenwitz |
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mon avis
Ecrit par: marc le 22-01-2009 18:50
trés intéressant
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